Dimanche 26 mars 2006 7 26 /03 /Mars /2006 09:59

François Chobeaux est à la fois travailleur social, chercheur et formateur. Il est responsable du département Politiques et Pratiques sociales aux CEMEA (centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active). Il a surtout travaillé sur l’errance « active » , revendiquée.

De quand date l'errance des jeunes ?

En France on a découvert le phénomène en 1995. De festival en festival, le nombre de jeunes errants n'a plus cessé d'augmenté.  Il y avait 500 personnes à Bourges plusieurs années de suite, 500 puis 1000 à Aurillac, etc. Le moment fondateur, ça a été le festival d'Aurillac de 1995, les jeunes ont vu débouler des travellers anglais avec des camions, des groupes structurés et des « sons », leur musique. A la fin du festival tous les « zonards » français voulait devenir travellers et endosser une parka, acheter un camion.

Depuis, quelles sont les évolutions principales ?

On assiste aujourd'hui à l'arrivée d'une deuxième génération dans l'errance. Alors que leurs aînés ont appris progressivement les pièges de la rue et l'usage des drogues, ceux là vont beaucoup plus vite.
C'est plus dangereux. Les plus jeunes n'entrent plus dans l'errance par les festivals, mais ils découvrent l'errance directement à leur porte, dans les centre- villes,  ou en allant dans les nouveaux lieux de sédentarisation: les squats en milieu rural, les tipi, etc..

Autre évolution, on trouve de plus en plus de vilains petits canards de bonne famille. Des jeunes qui auraient du être protégés de l'errance par leur milieu social ou familial mais qui sont fascinés par les « zonards ». Souvent la rencontre se fait à l'occasion du deal de cannabis… On sous-estime souvent le mal-être de ces jeunes parce qu'ils ne correspond pas aux clichés. Ce n’est ni un  jeune errant en parka, ni un jeune de banlieue. Pourtant, le mal-être adolescent est immense.

Enfin, on note une féminisation de l'errance, y compris dans l'errance subie. Elles doivent payer leur protection, avoir un petit copain, sinon c'est très dur pour elle.

La nouvelle génération dont vous parlez occupe à son tour les marges
des festivals ?


Aujourd'hui on assiste à un phénomène nouveau, la sédentarisation. Les festivals, de plus en plus organisés,  les attirent moins, on a même fermé le centre d'accueil d'Aurillac. Ils se sont installés par petits groupes,  souvent en zone rurale. Ils investissent des bâtiments agricoles abandonnés, des maisons de vacances laissées vides, des squats en ville, mais aussi des villages de yourtes, des tipis et des cabanes, le camion, etc. Ils sont surtout en Adèche. Leurs conditions de vie sont extrêmement dures. Les travailleurs sociaux ont du developpé un nouveau type d'action. Ils passent régulièrement dans ces squats, où parfois grandissent des enfants.

Quels sont les autres défis des CEMEA ?

Je dirais que nous sommes confronté à un défis philosophique. Y-a-t-il un droit à la marginalité ? C’est la question qui nous obsède. Si on considère que oui, on accompagne les jeunes errants, on les aide sans les censurer. Mais si chacun suit son chemin, qu'est-ce qui fondera la société ?

 

Par Emilie Chapuis - Publié dans : Papiers
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Commentaires

Quels sont les autres défis des CEMEA ?

Je dirais que nous sommes confronté à un défis philosophique. Y-a-t-il un droit à la marginalité ? C’est la question qui nous obsède. Si on considère que oui, on accompagne les jeunes errants, on les aide sans les censurer. Mais si chacun suit son chemin, qu'est-ce qui fondera la société ?

Il faudra en discuter, à l'occasion
Commentaire n°1 posté par Thomas le 11/04/2006 à 16h41
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